3 questions au frère Rémi Chéno OP

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Le frère Rémi Chéno a été institué régent des études de la province dominicaine de France après le dernier chapitre provincial de décembre dernier. Rencontre avec ce frère qui vit actuellement au couvent de Notre-Dame du Rosaire au Caire.

Tu viens d’être institué régent des études de la province de France, en quoi consiste ton rôle de régent des études ?

Le régent c’est celui qui est chargé de l’animation et du soutien de la vie intellectuelle de la province, de la vie d’étude. Pas seulement pour les frères en formation initiale. C’est aussi penser aux institutions intellectuelles de la province, les centres d’études et les revues qui appartiennent à la province comme par exemple la revue des sciences philosophiques et théologiques. Comme institutions il y a la bibliothèque du Saulchoir. L’idée est de soutenir les frères dans leur vie d’étude tout au long de leur vie, pas seulement la formation initiale mais aussi la formation permanente.

A ce titre je préside la commission de la vie intellectuelle de la province et je suis membre du conseil provincial et du conseil provincial de formation.

La commission de la vie intellectuelle est d’une certaine manière mon conseil. C’est elle qui va m’aider à prendre en charge tous les aspects de ma mission.

Tu es assigné au couvent du Caire où tu travailles pour l’IDEO (institut dominicain d’études orientales), peux-tu nous présenter l’IDEO ?

logo-frameL’IDEO est un institut d’étude et de recherche, fondé en 1953 au Caire, l’intuition des pères fondateurs dont le père Anawati, le père Serge de Beaurecueil, et les autres, était d’entrer en dialogue avec l’Islam. Pour la connaissance de l’Islam, on peut aborder l’Islam par les enjeux contemporains, et ils ne manquent pas aujourd’hui, mais on peut aussi travailler de l’intérieur la tradition musulmane pour elle-même. C’est l’intuition de l’IDEO pour entrer en dialogue avec l’Islam. On entrera en dialogue avec l’Islam non pas en lien avec nos questions chrétiennes mais en regardant leur passé et leur tradition.

L’ambition est d’avoir une compétence pour parler avec les musulmans, les rencontrer, connaître leur tradition. Qu’il y ait dans l’ordre dominicain et dans l’Eglise des chrétiens qui apprennent le langage de l’Islam, plutôt que de parler du langage chrétien sur l’Islam. On essaie d’entrer dans la connaissance de leur langage, leur approche de leur foi.

En pratique c’est un centre d’étude, une bibliothèque spécialisée dans le patrimoine musulman du premier millénaire. Aussi des activités d’accompagnement des lecteurs à la bibliothèque, également des séminaires, un ou deux par mois. Nous avons un projet de recherche qui nous tient depuis plusieurs années : l’étude de 200 auteurs principaux du premier millénaire arabo-musulman.

Comment vois-tu la vie de frère prêcheur ?

La vie dominicaine je la comprends à partir de la fin du chapitre 9 de l’Evangile selon saint Matthieu* : Jésus parcourait les villes et les villages, enseignant longuement les foules. Parce qu’il était saisi de pitié devant ces foules qui étaient sans berger.

C’est l’envie de répondre à un besoin de la Parole de Dieu de nos contemporains. L’ordre dominicain est donc essentiellement missionnaire. Une mission qui s’enracine dans la miséricorde de Dieu pour les hommes. Le souci que la Parole du Christ soit entendue aujourd’hui par nos contemporains.


Retrouvez les autres interview de Tabella :


* « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. » (Mt 9, 35-36)

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Les moniales dominicaines en trois questions

DSC01208L’ordre dominicain, ce ne sont pas seulement les frères, que vous connaissez bien comme lecteurs assidus de ce blog. En réalité, l’ordre dominicain est d’abord un ordre féminin : chronologiquement, saint Dominique fonda d’abord une communauté de moniales, de sœurs contemplatives (le monastère de Prouilhe).

Sœur Danièle de l’Annonciation, sœur Anne-Samuel et Aleksandra sont respectivement novices[1] et postulante[2] chez les moniales dominicaines.

Après avoir exercé comme pharmacien en officine, sœur Danièle de l’Annonciation est entrée au monastère de Taulignan.

Sœur Anne-Samuel a, elle, travaillé à l’Arche de Jean Vanier comme éducatrice spécialisée avant de rejoindre le monastère de Chalais.

Aleksandra vient de Pologne où elle était professeur de littérature, elle est maintenant postulante au monastère de Chalais.


L’appel du Christ passe par des médiations, comment arrive-t-on à la vie religieuse de moniale dominicaine ?

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La nuit, son chant est avec moi, prière au Dieu de ma vie – Réveillons la prière !

« Au long du jour, le Seigneur m’envoie son amour ;

et la nuit, son chant est avec moi, prière au Dieu de ma vie. »

Psaume 41, 9

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« Chaque année depuis 4 ans nous commençons le réveillon et l’année avec vous » nous confiait une famille venue à la veillée de prière « Réveillons la prière » à la cathédrale Notre-Dame de la Treille à Lille.

Commencer l’année en prière et traverser la nuit de la saint Sylvestre avec le Christ, les frères dominicains du couvent de Lille le proposent depuis maintenant 4 ans.

Le soir du 31 décembre, la veillée a commencé avec les premières vêpres du 1er janvier (dans l’Eglise catholique on fête ce jour là Marie mère de Dieu). Le 1er janvier est aussi la journée mondiale de la paix dans l’Eglise, l’occasion de prier pour tous les pays en guerre.

Le Saint Sacrement était exposé pour l’adoration eucharistique jusqu’à minuit. Pendant toute la soirée nombreux sont ceux qui se sont arrêtés un instant ou plus devant le Christ. Le sacrement de réconciliation était également donné par un frère.

CathLille31dectekoaphotos-6Une équipe efficace de bénévoles nous a aidé, laïcs dominicains et familiers du couvent, sans compter les fidèles de la communauté du 60 et le recteur de la cathédrale, le père Arnaud Chillon.

Nous avons pu ainsi aussi accueillir des passants moins familiers de ce lieu de culte ou de la prière, mais entrés dans la cathédrale, attirés par les chants et la lumière : à la fin de la soirée les corbeilles d’intention de prière étaient pleines.

Bonne année 2015 à tous !

Photos : ©tekoaphotos

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Joyeux Noël !

IMG_0112Les frères étudiants dominicains de la province de France vous souhaitent un joyeux Noël  !

« Une lumière est semée pour le juste,
et pour le cœur simple, une joie.
Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes ;
rendez grâce en rappelant son nom très saint. »

(Ps 96, 11-12, chanté à la messe de l’aurore du jour de Noël)

Photos de la crèche du couvent de Lille, réalisée par le frère Jad.

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« Tu la donneras pour toi et pour moi » – l’art de l’homélie – retraite d’Avent

DSCN1952L’amitié entre cisterciens et dominicains remonte aux origines de l’ordre dominicain. C’est aux côtés de moines cisterciens que Dominique commença sa prédication itinérante dans le sud ouest de la France. Il reçut même l’habit cistercien en signe d’amitié, comme cela se faisait à l’époque. C’est dans cet esprit d’amitié que le studentat de Lille s’est rendu à l’Abbaye sainte Marie du Mont des cats près de Lille pour une retraite d’Avent. La retraite avait pour thème la prédication et plus particulièrement l’homilétique : l’art de l’homélie.

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Frère Philippe Jaillot du couvent de l’Annonciation à Paris

Le frère Philippe Jaillot, du couvent de l’Annonciation à Paris a prêché la retraite. Comme producteur du Jour du Seigneur (messe télévisée le dimanche sur France 2) il a acquis une certaine expérience dans le domaine de l’homélie et enseigne l’homilétique à Paris. Il est également l’un des aumôniers du mouvement Anuncio d’évangélisation de rue. Reprenant l’Evangile du didrachme (Evangile selon saint Matthieu, 17, 24-27) le frère Philippe a conclu l’un de ses enseignements ainsi : « une homélie c’est cela, c’est une pièce pour deux, pour le prédicateur et pour ceux qui l’écoutent. »

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Frère Grégoire fête son anniversaire

La retraite était en silence, qui a toutefois été rompu quelques heures pour fêter l’anniversaire de notre frère Grégoire.

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Etudier la théologie à Oxford

Le frère Jean-Baptiste, après avoir fait profession solennelle en septembre dernier à Lille poursuit ses études au collège dominicain à Oxford.

Dès 1221, saint Dominique envoya des frères à Oxford pour y étudier. La tradition s’est donc bien maintenue jusqu’à aujourd’hui puisqu’à mon tour, c’est là que j’ai été envoyé pour poursuivre ma formation en théologie.

Après ma profession solennelle avec les frères Jacques-Benoît et Emmanuel, j’ai été assigné au couvent des dominicains d’Oxford, plus connu sous le nom de Blackfriars. Je rejoins donc les frères étudiants anglais dans leur maison de formation. Mais en devenant membre de cette communauté, je ne fais qu’ajouter à la diversité des cultures déjà bien présente. Frères anglais, bien sûr, mais aussi, américains, polonais, croate, néerlandais, allemand complètent le tableau de cette communauté d’une trentaine de frères.

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La communauté des frères étudiants dominicains d’Oxford

Mes cours ont lieu au couvent, qui est un collège de l’université d’Oxford. Ainsi ce dernier jouit du dynamisme et du rayonnement de l’université et accueille de nombreux étudiants, qui se forment en vue d’un diplôme universitaire. La formation est centrée selon le modèle bien connu ici des tutorats, c’est à dire, un suivi personnel et un oral hebdomadaire avec le professeur. Peu de cours magistraux sont requis et l’étude personnelle est ainsi privilégiée.

Rejoindre le studentat de la province d’Angleterre me donne aussi l’occasion de participer à ses activités, et notamment de contribuer à son blog ! Comme quoi, la prédication dépasse les frontières !

Consultez le blog frère de celui-ci outre-manche (blog des frères étudiants dominicains d’Oxford) : où le frère Jean-Baptiste a écrit une présentation du couvent de Lille en anglais.

Quelques photos du couvent des Blackfriars à Oxford

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Le seul diacre de tout le pays

Le fr. Marie-Augustin, ordonné diacre en juin dernier, passe son année de stage diaconal à Helsinki en Finlande. Voici quelques premières impressions.

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Le frère Marie-Augustin officie comme diacre

Je suis depuis désormais deux mois à Helsinki, où j’ai rejoint le frère Gabriel rentré cet été depuis Oslo dans son pays natal, et le frère Antoine présent depuis 10 ans : la communauté a ainsi triplé de taille ! La vie conventuelle y est donc nécessairement assez différente de la vaste majorité de nos communautés en France, mais cependant bien présente par l’office, la messe, et les repas communs. Cette différence tient aussi à la taille très modeste de l’Église catholique en Finlande : un unique diocèse comptant un peu plus de 12 000 fidèles, répartis en 7 paroisses où œuvrent une petite vingtaine de prêtres. Pour un pays de 5,5 millions d’habitants, grand comme un peu plus de la moitié de la France. Autant dire que nous ne sommes pas très visibles et identifiables dans une société qui, de surcroît, ignore tout de la vie religieuse.

Dans ce clergé restreint, je suis le seul diacre de tout le pays ! En tout cas le seul diacre catholique : l’Église orthodoxe de Finlande représente une petite minorité, avec ses diocèses et ses paroisses. L’Église luthérienne de Finlande ne connaît en revanche pas les diacres.

Mais le travail en cette année de stage ne sera pas de baptiser ou marier à tour de bras, tâches ordinairement dévolues au diacre, mais plutôt d’aider, par la rencontre et le 10801968_799836286744773_6604616318550196806_n-1témoignage, les fidèles à se construire une vie spirituelle, une identité de disciple qui reflète une authentique relation avec le Christ. La tâche est ardue : l’Église catholique reste ici un «produit d’importation» tant est elle est modeste, et l’inculturation est un défi tant il y a de visages ici. Car si la moitié des fidèles sont des luthériens convertis, l’autre moitié est faite d’immigrés africains ou asiatiques, plus ou moins bien intégrés à la société finlandaise. Rejoindre chacun dans sa relation au Christ est un vrai défi. Et encore plus avec la langue finnoise, exotique, à l’apprentissage exigeant. Le prêcheur se trouve soudain bien silencieux, investi dans l’observation, l’apprentissage, le regard… 

Cela tombe presque bien, puisque les Finlandais sont plutôt silencieux (pas autant que dans les films d’Aki Kaurismäki). Nous faisons connaissance petit à petit, via des rencontres à la fois à la cathédrale où nous allons fréquemment pour la messe, et au couvent avec les différents groupes qui s’y réunissent : conférences, séminaire Saint Thomas d’Aquin avec des étudiants de la faculté de théologie luthérienne voisine, groupes de lecture du catéchisme, messe et caté mensuel pour la communauté francophone, groupe de lecture de l’Évangile…

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Le frère Marie-Augustin progresse en finnois

Il y a, enfin, et c’est très important, les contacts avec les autres Églises en Finlande, luthérienne et orthodoxe, via un groupe de prière de Taizé et la prière œcuménique que nous accueillons chaque semaine au Studium. Dans toutes ces activités, le plus frustrant est sans doute de ne pas encore maîtriser la langue. Tout le monde parle anglais (et largement mieux qu’en France), mais il est évidemment pénible pour un Finlandais que sa foi et sa spiritualité ne puissent être discutées dans sa langue natale. L’effort que je mets à l’apprendre portera, je l’espère, bientôt du fruit !

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