Homélie du frère Michel Lachenaud, o.p. pour les professions solennelles du 29 aout 2015 à Lille en la fête du Martyre de saint Jean Baptiste

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Frère Michel Lachenaud, o.p. – Prieur provincial de la Province de France

Matthias Grünewald, dans son retable de Colmar campe Jean Baptiste aux pieds du Crucifié. Jean Baptiste est tout entier dans cet index prophétique tendu vers Jésus « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », mais tout son ministère ne se réduit pas à ce signe gestuel, ni même au signe verbal qui l’accompagne. Le témoignage de Jean culmine dans son martyre. Par sa parole et par sa vie Jean éveille la foi d’Israël au Messie qui vient, qui est là parmi eux, Lui qui apporte la vie en plénitude. Cette mission du Précurseur est aujourd’hui la vôtre, mes frères, vous qui avez décidé d’être comme Jean des envoyés de Dieu pour préparer les hommes à être disponibles à le rencontrer.

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Retable d’Issenheim (détail), saint Jean-Baptiste à droite, Matthias Grünewald, Colmar

Jean pour être l’homme de la Parole a dû se retirer au désert. Il vit au désert dans cette solitude qui conditionne tout approfondissement de soi et toute communion avec Dieu et avec le monde. La solitude est une expérience purifiante, nécessaire à toute existence spirituelle. Elle prépare l’ouverture à Dieu. C’est dans le désert que Jean entend la parole de Dieu. Car l’exigence de Dieu ne peut s’accomplir sans que l’homme ne se dépouille de lui-même pour se laisser « saisir » et envahir par l’Unique qui revendique l’être humain dans sa totalité. C’est ce don total de vous-mêmes, Olivier, Pierre-André, et Charles que vous faites aujourd’hui, après avoir pris le temps de vivre ces quatre années de discernement personnel et de découverte ensemble du chemin que nous propose Dominique. Comme Jean, il sera parfois nécessaire de vous retirer de tout pour vous retrouver face à face avec Dieu dans le recueillement et la méditation, de revenir au désert pour que Dieu parle à nouveau à votre cœur. Certes vous serez habités par les cris et les angoisses des hommes que vous rencontrerez, comme notre père Dominique qui les portait dans sa prière, mais sachez créer en vous un espace de désir du Dieu vivant. Dans ce monde vide de Dieu, il y a lieu de créer un autre désert où la rencontre de Dieu est possible. Aujourd’hui se joue un défi pour notre vie religieuse être à la fois au cœur de ce monde, habités par les questions des hommes et retrouver une vie de silence et de prière. Nous avons besoin de retrouver le lien entre la méditation et la mission, avoir la même audace pour la recherche de Dieu et la rencontre des hommes. Comme Dominique sachons aller là où des hommes sont en recherche mais comme lui sachons aussi nous trouver où Dieu nous attend.

Si Jean accomplit sa mission par la parole, sa vie confirme ce qu’il énonce. C’est sous le mode du témoignage que Jean accomplit sa tâche : « Parut un homme envoyé de Dieu. Il se nommait Jean. Pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière mais le témoin de la lumière » (Jn. 1, 6-8). Le témoin est une personne devenue parole car transformée par la Parole. Il a fait de sa vie une question et un appel susceptible d’être entendu. Le témoignage qu’il a à rendre, le rend conscient des limites humaines incompatibles avec le message qu’il a à transmettre. On ne peut pas comprendre la vie et le ministère de Jean Baptiste sans tenir compte de cette exigence d’humilité et de transparence qui fait la qualité du témoignage vrai. Jean ne dit pas seulement qu’il n’est pas le Messie, mais il sait s’effacer et Jean conduit alors sa parole à ce point extrême où son existence devenue identique à son message a plus de force de provocation que toute parole dite. Préparant la route au Christ, Jean est pour vous mes frères le modèle du missionnaire ou du catéchète. Par son souci de s’effacer devant Celui dont il porte le message et qu’il doit annoncer, il rappelle que le Christ ne peut se manifester à l’homme que si son envoyé consent à s’effacer. Votre souci primordial comme frère prêcheur sera non seulement de parler au nom de celui qui vous envoie, mais aussi de mettre vos auditeurs en présence de la réalité de Celui qui vous envoie. Vous n’êtes que des serviteurs et tout apôtre doit faire sienne la parole de Jean : «  Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse » (Jn 3, 30). Comme c’est parfois difficile d’accepter de quitter un ministère pour que d’autres puissent le reprendre autrement ! Enfin par son emprisonnement et sa mort, Jean atteste qu’il n’y a pas de témoignage verbal qui ne soit en même temps un témoignage existentiel. C’est lorsque le témoin est vaincu en apparence que sa parole retrouve toute sa force de provocation.

Ce que Jean Baptiste rappelle à chacun de vous c’est d’être un témoin, un témoin qui ne donne rien mais éveille à une vie nouvelle, un témoin qui n’apporte rien mais qui par sa vie donne un sens à la vie d’autrui, car le témoin oblige à être plus. Revenons au tableau de Matthias Grünewald, au geste prophétique de l’index de Jean. Educateur de la foi, il indique le chemin qui conduit au Christ. Il ne fait pas écran entre Dieu et l’homme il sert de tremplin. Dans votre vie apostolique il s’agira pour chacun de vous de faire route avec des hommes pour les amener à la rencontre personnelle avec le Christ dans la foi. Nous sommes tous appelés à être des « précurseurs ».

frère Michel Lachenaud, o.p. – Prieur provincial de la Province de France

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Professions simples le samedi 5 septembre à Strasbourg

Les frères Jean-Baptiste RENDU et Jokūbas-Marija GOŠTAUTAS (Lituanie, vicariat des Pays Baltes) feront profession simple (pour 2 ans) dans l’ordre des Prêcheurs pour le province de France, le samedi 5 septembre, jour où l’Eglise fait mémoire du Bienheureux Jean-Joseph Lataste o.p., au couvent de Strasbourg, au cours de l’Eucharistie célébrée à 12h10.

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De droite à gauche : frère Jean-Baptiste RENDU, frère Jokūbas-Marija GOŠTAUTAS, frère Xavier LOPPINET (maitre des novices) et frère Philippe-Emmanuel POLLET de SAINT-FERJEUX

Le même jour aux vêpres conventuelles auront lieu les entrées au noviciat.

Nous rendons grâce pour ces frères que Dieu nous donne et confions à votre prière ceux qui choisissent de suivre le Christ dans la vie religieuse.


Ci-dessous le faire-part des professions :

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En lituanien :

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Album photo des professions solennelles à Lille le samedi 29 août 2015

IMG_6700Samedi 29 août, jour où l’Eglise fait mémoire du martyre de Saint Jean-Baptiste, les frères Pierre-André Mauduit, Charles Desjobert et Olivier Catel ont prononcé leurs voeux définitifs dans l’ordre des Prêcheurs pour la Province de France. Retrouvez ci-dessous les photos de cette belle journée sous le soleil lillois.

Nous confions à votre prière les nouveaux profès.

« Le Seigneur fit pour moi des merveilles,
et mon coeur exulte de joie :
en ma chair s’accomplit la Promesse,
Alleluia, Alleluia ! » 

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L’été des frères étudiants dominicains

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Y a-t-il des vacances quand on est religieux ? Oui et non ! La vie religieuse ne s’arrête pas l’été bien sûr. Mais la période estivale est l’occasion de la vivre différemment.

La vie fraternelle et communautaire est marquée par le temps passé hors de la communauté : dans d’autres communautés (qu’elles soient dominicaines ou non) ou bien, en vacances en famille. L’été les couvents vivent aussi avec moins de frères, des communautés plus petites, ce qui modifie les relations fraternelles.

Un frère dominicain délaisse rarement l’étude l’été, et il y a souvent un ou deux livres (parfois plus) dans les bagages d’un frère ! Mais l’été est plutôt l’occasion de s’intéresser à des sujets parfois délaissés pendant l’année et d’élargir son horizon. De lire un livre laissé de côté etc. ou bien de participer à des sessions d’étude (comme celle de l’école biblique ou de l’IDEO ou des sessions internationales).

Nous vivons également différemment les offices et la liturgie l’été. En dehors de la communauté c’est parfois seuls que les frères prient, ce qui n’est pas habituel pour un dominicain. Autrement, que ce soit en paroisse ou ailleurs dans l’Eglise, l’été est aussi le moment où l’on peut expérimenter d’autres formes de liturgies. C’est également parfois le temps d’une retraite personnelle.

Mais l’été est d’abord un temps privilégié pour la prédication ! Les frères organisent des sessions et activités apostoliques et participent autrement à l’annonce de l’Evangile. Nos lecteurs connaissent sans doute déjà les Routes dominicaines. La présence des frères dominicains sur le chemin de saint Jacques de Compostelle et cette année une nouveauté, la session de théologie à Bell-île-en-mer, TheoDom, qui a remporté un grand succès. A cela s’ajoute la neuvaine à saint Dominique prêchée chaque année par un frère étudiant chez les moniales dominicaines de Chalais. L’été est aussi la période des camps scouts et de la présence des frères aux côtés des jeunes.

Quand arrive la fin de l’été se profile la rentrée. Rentrée universitaire bien sûr, mais aussi période des professions religieuses.

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Vous avez aimé le livre ? Vous allez aimer le pays ! – Session d’été de l’école biblique et archéologique française de Jérusalem – Couvent dominicain saint Etienne de Jérusalem

Frère Pierre-Louis a participé à la session d’été de l’école biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF) avec les frères dominicains du couvent saint Etienne de Jérusalem.

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Couvent dominicain saint Etienne de Jérusalem

« J’avais tant aimé le livre et maintenant je contemplais le pays ! Aucun doute ne subsista dans mon esprit sur l’opportunité de pratiquer les études bibliques en Palestine » écrit le père Marie-Joseph Lagrange à la fin du XIXe siècle dans son journal spirituel. Il vient de se voir confier par ses supérieurs la tâche de fonder une école biblique à Jérusalem pour l’étude la Bible, sur la terre même où se sont déroulés la plupart des évènements de ce livre. Les fruits de cette école sont nombreux : la Bible de Jérusalem pour le plus connu, participation aux découvertes de Qumran, mais aussi les étudiants formés et l’intégration dans l’Eglise des méthodes scientifiques (1) d’études des textes bibliques. « L’oeuvre d’un pionnier comme le Père Lagrange aura été de savoir opérer les discernements nécessaires sur la base de critères sûrs », écrit saint Jean-Paul II. (2)

Plus de 100 ans après, l’école biblique continue sa mission d’étude et d’enseignement, et comme elle le fait régulièrement, propose l’été à de jeunes frères dominicains un voyage d’étude en Israël et Palestine.

Frères dominicains dans les rues de Jérusalem

Dans les rues de Jérusalem

Nous étions 7 frères à parcourir ainsi le pays en lien avec le Nouveau et l’Ancien testament. Conditions idéales donc : vie de prière, vie fraternelle et commune tout en découvrant la terre du Christ, du désert du Néguev au plateau de Golan, en passant par le Galilée, Nazareth, mais aussi la côte méditerranéenne (Césarée Maritime, saint Jean d’Acre).

St Jean d'Acre

Les frères sur les murs de saint Jean d’Acre


Avdat

La cité nabatéenne d’Avdat dans le désert du Néguev

Mais l’histoire du pays déborde le seul cadre biblique, que ce soit par les restes de civilisations anciennes (Nabatéenne notamment dans le sud) ou par l’actualité géopolitique complexe, qui supporte mal les jugements trop rapides.

Il ressort d’un tel voyage une évidence : le christianisme n’est pas une religion du livre. Le texte rapporte des évènements écrits par des auteurs inspirés. L’histoire du Salut se déploie dans une terre, chez des gens, et finalement aussi dans notre propre personne. Il est bon de se rappeler que la seule interprétation que l’Eglise s’interdit est l’interprétation littérale des écritures (3). Le texte a toujours vocation à mener à autre chose que lui-même, pour devenir Parole de Dieu et « conversation » avec Dieu (4) en la personne du Christ.

Parmi les belles rencontres au cours de ce parcours j’en retiens trois. La première : la rencontre avec un séminariste palestinien du patriarcat latin de Jérusalem. L’occasion de mieux découvrir les chrétiens locaux en Israël et dans les territoires palestiniens. Réalité difficile d’une petite minorité tentée par l’émigration avec une pratique religieuse parfois faible. Une autre rencontre avec des Français, plus inattendue, l’aumônerie catholique des élèves-officiers de la mission Jeanne d’Arc, en escale à Haïfa pour deux jours avec qui nous avons été au bord du lac de Tibériade. Il est toujours enrichissant de rencontrer d’autres étudiants, qui se préparent à un autre exercice que le nôtre, dans un pays étranger, ce qui ressert les liens patriotiques ! Enfin un couple d’américain qui débarque au saint Sépulcre, ne sachant pas trop où ils sont arrivés (il y a de quoi être déconcerté la première fois) et qui, me voyant en habit dominicain, me demande de leur faire visiter le lieu, ceci à quelques heures de mon avion de retour.


1 : Au XIXe siècles l’étude scientifique des textes bibliques (méthodes historico-critiuqe notamment) remet en cause certaines opinions. La force du père Lagrange aura été de tenir le texte comme Parole de Dieu sans s’interdire de recourir à des méthodes scientifiques honnêtes. Il fut ainsi fidèle à une conception cohérente de la Vérité qu’il doit à saint Thomas d’Aquin et à sa formation dominicaine : puisque que la vérité est une, il n’y a rien à craindre à chercher le vrai quelle que soit la méthode, par la foi ou par la science.

2 : Discours aux participants de la session plénière de l’Académie pontificale des sciences, Jean-Paul II, 1992.

3 : L’interprétation de la Bible dans l’Eglise, Commission Biblique Pontificale, 1994

4 : Dei Verbum, n°21

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La foi autour du feu de camp : le frère Olivier, aumônier scout


Le frère Olivier Catel, qui fera profession solennelle fin août à Lille, est aumônier scout du groupe 5ème Lille Lyautey (Scouts et Guides de France). Il participe cet été au rassemblement
You’re Up à Strasbourg avec les pionniers et caravelles. Il nous livre ici quelques impressions sur son expérience d’aumônier scout.

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Après deux années au service des prisonniers étrangers, je suis devenu aumônier scout. Comme dirait un ami, « autre salle, autre ambiance ». Cette nouvelle mission était cependant pour moi très dépaysante, n’ayant jamais été scout moi-même !

Plus de 90 jeunes de 6 à 20 ans, une quinzaine de chefs, les cadres du groupe, les parents… autant de visages à découvrir, d’histoires à écouter, de confidences et d’interrogation à recueillir. En effet, j’ai très vite compris qu’être aumônier scout, cela ne consistait pas à être avant tout « chef de la prière » mais bien plutôt à être une présence discrète, un veilleur. Un groupe scout est une savante alchimie où chacun joue un rôle essentiel, de manière autonome et responsable, l’aumônier restant en retrait, à sa place, pour, si le besoin s’en ressent, poser un geste, une parole, donner un conseil ou accompagner dans les joies et les difficultés.

8CB9CECA-B6F2-4237-8F3E-3DCBF23CA1A3Je considère ainsi que ma charge d’aumônier est un service d’accompagnement avant d’être un service d’animation spirituelle. J’ai eu la chance d’accompagner de jeunes chefs qui se préparaient à faire leur engagement : des rencontres en tête-à-tête, lors de deux ou trois soirées, pour donner à cet engagement le sens large et plénier qu’il doit avoir, c’est-à-dire un engagement tout entier, comme homme, femme, citoyen et chrétien. Accompagnement des parents aussi qui, discrètement, demandent un conseil spirituel, qui cherchent à approfondir leur foi, qui recommencent à fréquenter la messe dominicale. J’ai ainsi pu avoir des échanges de mails avec une mère de scout sur les fins dernières… Il y a aussi l’émerveillement devant de jeunes enfants qui découvrent la foi, cherchent un sens à leur vie dans cette expérience humaine et spirituelle totale qu’est le scoutisme. « Jésus, un type sympa… L’Eglise une vieille dame un peu rétro ?… Pourquoi tu donnes ta vie ? »

Alors, subrepticement, je comprends que, aux aussi, ils m’accompagnent dans mon discernement et donnent sens à ma vie de religieux consacré. Ils ne le savent peut-être pas mais, dans la fraternité qu’ils m’offrent, semaine après semaine, ils me font grandir avec eux. Sur les camps, quelquefois un peu précaires, je découvre la foi toute simple d’un petit peuple qui ne compte que sur le Christ et la Providence pour avancer sur la route.

fr Olivier Catel, o.p.

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Faire-part des professions solennelles, le samedi 29 août à Lille

3 frères feront profession solennelle dans l’Ordre des Prêcheurs pour la Province de France le samedi 29 août à Lille.

Faîtes connaissance avec eux ici

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