« J’étais en prison et vous m’avez visité… »

prisonLe frère Olivier Catel est bénévole à la Cimade. Il intervient auprès des personnes détenues de nationalité étrangère. Il nous donne un témoignage de sa mission.

 


Après 2 ans de mission en prison, les « portes du pénitencier » viennent de se refermer: moi, je suis dehors; eux, ils restent à l’intérieur. Pendant ces deux années, avec la Cimade, j’ai eu la joie de me rendre dans une prison lilloise pour aider les détenus étrangers qui sont bien perdus dans ce pays et ce système judiciaire qui leur échappe. J’ai commencé cette mission avec Jacques, devenu un ami, qui m’a initié aux procédures, au Céséda, au QI, au QD, au TS, à l’OQTF, à l’ITF… j’aurais pu me noyer sous toutes ces procédures parfois cauchemardesques mais l’essentiel n’était peut-être pas là: comme me disait Jacques, il faut aller voir les détenus étrangers car ce « sont les plus malheureux en prison ».

Dans le parloir avocats, j’attendais donc des détenus qui avaient demandé à me voir: une rencontre toujours nouvelle, inattendue… Je pensais partir avec pas mal de préjugés mais j’ai vite compris que j’avais seulement devant moi des hommes, que je n’étais sans doute au fond pas meilleur qu’eux et qu’ils avaient besoin de mon aide et que je me devais d’être là. Un début d’entretien toujours un peu technique, administratif, des papiers à remplir, des démarches à organiser.. Un quart d’heure de paperasserie bien nécessaire mais ensuite une rencontre, une visitation, un échange. J’étais visiteur de prison mais en fait j’étais visité en prison : dans chaque détenu, je découvrais le visage d’un frère, du Christ qui me montrait son visage. « Le Christ est en taule » comme aime à le répéter un frère aumônier. Parfois, je ne rencontrais le détenu qu’une fois; parfois, nous nous sommes rencontrés pendant 2 ans. Des amitiés se lient dans ce lieu où chacun vit une expérience de la parole : pour le détenu, une parole « normale » qui lui rappelle que la prison n’est pas un lieu « normal », qui lui rappelle qu’il existe une vie dehors; pour celui qui visite, une parole de consolation à donner, une voix à écouter. Dans ces échanges humains si fondamentaux, j’ai souvent senti la présence de leur famille, souvent loin, très loin. Nous parlions de tout, parfois même de Dieu même si je devais garder une certaine réserve : ce n’était pas un cadre d’aumônerie mais bien un cadre plus « administratif ».

Ces belles rencontres continuent à l’extérieur : combien de fois j’ai pu porter dans le secret de ma prière ces visages. J’ai souvent emporté un peu de la prison avec moi. J’ai beaucoup pensé durant ces deux années au bienheureux père Lataste, un frère dominicain du XIXe s. qui fut « l’apôtre des prisons » et j’ai souvent médité cette parole : « les plus grands pécheurs, les plus grandes pécheresses ont en eux ce qui fait les plus grands saints ; qui sait s’ils ne le deviendront pas un jour ». A mes frères de prison: « je ne vous oublie pas, à bientôt! »

La Cimade est une organisation oecuménique née de l’initiative de jeunes protestants qui voulurent sauver des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. La Cimade est une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile.

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Première messe du frère Marc Bellion OP

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Le dimanche 6 juillet 2014, le frère Marc Bellion, tout juste ordonné prêtre, a célébré une première messe dans l’église saint Pie X de la paroisse de Luxembourg – Belair, sa paroisse d’origine. Le frère Marie-Augustin, tout juste ordonné diacre, a donné l’homélie.

Beaucoup de proches et d’amis du frère Marc qui l’ont vu à l’œuvre dans cette paroisse sont venus célébrer avec lui cette messe d’action de grâce.

Le frère Marc est maintenant assigné au couvent de Nancy où il sera investi dans la pastorale en milieu carcéral.

Plus de détails ici pour les lecteurs germanophones.

 

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Dimanche 29 juin 2014 en la cathédrale Saint-Gatien de Tours, le frère Marie-Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond a été ordonné diacre et les frères Paul-Adrien du Moulinet d’Hardemare, Jean-Dominique Bruneel, Nicolas Burle, Thomas-Marie Gillet et Marc Bellion ont été ordonnés prêtres par Mgr Aubertin, archevêque de Tours.

Cette fête, qui a réuni familles, amis et de nombreux frères de la province venus pour entourer les nouveaux ordinants,  a été remplie de ferveur et de joie. Nous rendons grâce à Dieu pour ces ordinations et l’espérance qu’elles témoignent quant à la mission de notre province.

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interview du frère Nicolas Burle

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Le frère Nicolas Burle sera ordonné prêtre à Tours avec quatre autres frères le 29 juin prochain. C’est l’occasion pour Tabella de l’interviewer sur ses impressions et son parcours.


Tu viens de finir tes études à Lille, à Strasbourg puis Ottawa. Y a-t-il un thème, approfondi durant ces études, que tu as particulièrement envie de transmettre aujourd’hui ?

Ce que j’ai découvert durant ces six années, c’est que les études peuvent rendre heureux ! Ce n’était pas exactement ce que j’avais vécu en école de commerce… Certains cours m’ont laissé dans un sentiment, étrange et très agréable, à la fois de paix intérieure et de bouillonnement intellectuel. L’autre leçon, c’est de trouver des mentors, vivants et morts, pour apprendre la vie auprès de ceux qui ont fait l’expérience de la vie. Les grandes œuvres de théologie (saint Thomas d’Aquin évidemment !) mais aussi d’excellents romans (les Mémoires d’Hadrien, Journal d’un curé de campagne, Voyage au bout de la nuit, toute l’œuvre de Zweig,…) pour apprendre sur Dieu, sur moi et sur les autres.

Au moment de regarder ces années, je pense que le fil rouge de mes études aura été de répondre aux questions qui m’étaient posées lors de rencontres et pour lesquelles j’avais avoué n’avoir pas de réponse satisfaisante : "Dieu et la violence dans la Bible", "Faut-il connaître le Christ pour être sauvé?" mais aussi "Peut-on prêcher l’évangile à tout le monde?" qui fut le sujet de mon mémoire depuis deux ans.

Comment te sens-tu à la veille de ton ordination sacerdotale ?

Entre un atterrissage et un décollage! Je viens de rentrer de deux ans d’études au Canada et j’atterris au couvent de Tours aussi longtemps qu’on me demandera d’y vivre. En même temps, je me sens tout petit face à cette nouvelle et immense mission qui me sera confiée et qui va certainement transformer ma vie. Si l’Église est bien un hôpital de campagne, je me sens un peu comme un brancardier sur un champ de bataille qui doit aller soigner tous ceux qui veulent bien être sauvés. Avec une différence essentielle : nous ne sommes jamais seuls. Non seulement Dieu est là mais aussi tous ces hommes et ces femmes qu’Il mettra sur ma route pour m’apprendre à être prêtre. C’est ma prière aujourd’hui.

Comment s’articule, selon toi, la vie religieuse dominicaine avec le ministère de prêtre ?

Je me sens tout d’abord profondément frère dominicain. Frère parmi les frères prêcheurs. À l’image de Dominique, nous sommes envoyés pour prêcher la miséricorde et pour célébrer la miséricorde dans les sacrements. Miséricorde du Père qui nous sauve et nous adopte le jour de notre baptême. Miséricorde du Fils qui se donne à nous corps et sang dans l’eucharistie. Miséricorde de l’Esprit Saint envoyé pour pardonner nos péchés confessés et nous montrer de quel amour nous sommes aimés. Je médite chaque jour depuis que j’ai été appelé à l’ordination ces versets de saint Paul aux Corinthiens : " Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a confié le ministère de la réconciliation." (2 Cor 5,17-18) Amen!

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Marche du Grand Vent

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Jeudi 29 mai, 400 jeunes du diocèse de Lille ont marché dans la région du Mont des Cats puis se sont retrouvés pour célébrer ensemble la fête de l’Ascension. Les frères Emmanuel et Jean-Baptiste ont chacun accompagné un groupe de jeunes.


Le diocèse organisait cette année la 10e Marche du Grand Vent invitant les jeunes à se retrouver à Bailleul pour une journée de partage et de réflexion, de célébration mais aussi de détente. Partis par petits groupes, ils ont réfléchi sur l’une des Béatitudes : « Heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes, le Royaume des cieux est à eux ».

D’âges divers, les jeunes nous ont partagé leurs doutes et leurs aspirations. C’est l’occasion pour nous qui les accompagnons de témoigner de l’espérance chrétienne et de les conduire à se confier eux-mêmes dans la prière.

A l’issue du parcours et du pique-nique, les groupes ont convergé vers l’église St Vaast à Bailleul pour y vivre en présence de Mgr Ulrich, archevêque de Lille, accompagnés de nombreux prêtres, la messe de l’Ascension.

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le Ch’ti pélé

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Durant la semaine de Pâques du 22 au 27 avril 2014, des collégiens du diocèse de Lille sont partis à Lourdes pour le "Ch’ti pélé". Le frère Emmanuel est parti avec un groupe de l’aumônerie de Mons-en Baroeul.

Le Ch’ti Pélé est en pleine forme : ils étaient encore plus nombreux que l’an dernier, collégiens de tout le diocèse de Lille, à venir passer quelques jours à Lourdes. Les journées sont bien remplies : La messe internationale impressionne les jeunes par le nombre de personnes de toutes nationalités qu’elle rassemble. Trois après-midi spirituelles ont permis de renouer avec la prière du chemin de croix, d’approfondir le sens donné au sacrement de réconciliation ou de se frotter de plus près à la Grotte et aux piscines. Les jeunes découvrent alors des manières de prier qui ne leurs sont pas familières : le chapelet, la dévotion à Marie. Ils perçoivent la présence des malades en grand nombre comme un témoignage de foi et de charité.

Deux jeux de pistes dans la ville et dans les sanctuaires ont été l’occasion pour les collégiens de découvrir la figure de sainte Bernadette et le sens de la vocation à la vie chrétienne. Les moments de détentes sont aussi prévus : des grands jeux et veillées ont été très bien animés. Et il reste de nombreux temps pour souffler, faire les boutiques, jouer au foot ou bavarder jusque tard dans la nuit. Sans oublier l’ambiance de vacances du trajet en TGV de pèlerinage. Lourdes, c’est aussi l’occasion de faire de nouvelles connaissances.

Pour un frère étudiant dominicain, le pèlerinage, c’est une multitude d’occasions d’aider les collégiens à approfondir leur foi. C’est aussi une ouverture sur l’incroyable diversité du diocèse de Lille, entouré par des équipes d’animateurs motivés.

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3 questions au frère René-Vincent du Grandlaunay OP

fr René-VincentDu 6 au 9 mai 2014, les frères étudiants de Lille ont suivi une session sur les sciences de l’Islam. Plusieurs intervenants sont venus transmettre aux frères leur connaissance de l’Islam, dont le frère René-Vincent du Grandlaunay, du couvent du Caire en Égypte et membre de l’Institut Dominicain d’Études Orientales (IDEO)


Comment as-tu rencontré les dominicains et pourquoi as-tu choisi de rejoindre l’ordre ?

J’étais entré au séminaire avec la certitude que ma voie était celle du service presbytéral en paroisse. Mon évêque, le cardinal Gouyon, a eu la sagesse de m’envoyer, pour le compte du diocèse de Rennes, au séminaire de Paray-le-Monial où il y avait un cycle de trois années de philosophie inauguré par une année de propédeutique spirituelle. C’est au cours de cette première année que ma vocation a commencé à évoluer. D’autres formes de vie se proposaient et me permettaient d’offrir ma vie au Seigneur. C’est ainsi que l’engagement dominicain m’a beaucoup intéressé. Il y avait un frère dominicain qui nous donnait des cours sur le Nouveau Testament. Le frère Louis Hardouin-Duparc, avec sa démarche claudicante et son petit regard toujours amusé, nous parlait du travail des frères à l’École biblique de Jérusalem. Le mélange histoire, bible, communauté me fascinait. En même temps, comme j’étais chantre du séminaire, je devais organiser des liturgies en commun avec les sœurs dominicaines du monastère de Paray-le-Monial. La sœur chantre me mit entre les mains les deux volumes du fr. Vicaire sur Saint Dominique. Je les ai dévorés. Et c’était fait. C’est le couple étude et communauté pour la prédication qui m’a surtout séduit. Et depuis c’est toujours le cas.

Tu es membre et bibliothécaire de l’IDEO. En quoi consiste ton travail ?

Le bibliothécaire de l’IDEO, comme tous les bibliothécaires, doit procurer les livres dont les frères ont besoin pour leurs études. Mais comme la bibliothèque de l’IDEO est une collection spécialisée, son intérêt réside dans sa mise à jour. Il faut donc régulièrement faire attention aux nouvelles sorties dans son domaine de spécialité qui est le patrimoine arabo-musulman des dix premiers siècles de l’hégire. Ce défi est difficile à tenir parce que le monde de l’édition dans les pays arabes n’est pas organisé comme il l’est en Occident. En Europe, aux États-Unis ont sait très bien qu’une publication se prépare à sortir. On peut l’acheter à l’avance pour l’avoir dès le premier jour. Il y a des outils internet formidables pour se tenir au courant. De plus les livraisons sont rapides, servies par des logistiques très au point. Ce n’est pas du tout le cas pour les publications en monde arabe. Là, il faut faire le tour des librairies. Je suis aidé pour cela par une petite équipe très efficace surtout pendant le salon international du livre arabe qui a lieu au Caire en début d’année. C’est l’occasion d’acquérir les ouvrages parus récemment dans tout le monde arabe. C’est une des raisons, ce n’est pas la seule, qui fait que notre bibliothèque a une très bonne réputation.

Comment vis-tu ta présence au Caire et l’étude des sciences orientales en tant que dominicain ?

Ma présence au Caire, je la dois au frère Éric de Clermont-Tonnerre qui, à l’issue de deux années de formation à la langue arabe à Mossoul en Iraq, m’a demandé de venir au Caire. Je n’avais, originalement, pas du tout envie d’aller au Caire. Mais le frère Éric avait besoin de frères pour redynamiser le couvent du Caire et l’IDEO. C’est pourquoi après Mossoul je suis allé rejoindre le frère Bruno-Dominique Lafille au Caire. J’étais devenu très intéressé de vivre en monde arabe depuis une coopération effectuée dans les Territoires Occupés de ce qu’on appelait alors la Cisjordanie. J’ai l’habitude de dire que je suis né une nouvelle fois là-bas, au contact avec une si nouvelle culture. Et quand on goûte au miel, on trouve le sucre fade. Il me fallait donc revenir dans le monde arabe après mes études en France. Vint alors l’Iraq que j’ai vraiment beaucoup aimé.

Ma vie au Caire c’est donc une obéissance assise sur une découverte et un amour ancien. Au Caire j’essaie de me donner autant que faire se peut à ces gens d’une culture qui m’a déjà tant donné. Cela se passe par mon travail à l’IDEO. Je suis en train de terminer une thèse de doctorat à l’Université de Paris IV. J’édite l’autobiographie traditionnelle d’un savant égyptien traditionniste du XIVe siècle de notre ère. Cela m’a prit beaucoup plus de temps que prévu. De nombreux aléas ont freiné le processus habituel. Mais bon, cela va finir un jour.

Mon passé dont je viens de parler, explique sans doute aussi pourquoi : bibliothécaire de l’IDEO, j’ai entraîné mes frères dans l’aventure d’AlKindi (ndlr : il s’agit d’un logiciel de catalogage pour la bibliothèque). Une aventure qui veut d’abord mettre à disposition des chercheurs le patrimoine imprimé que nous avons à la bibliothèque. Mais une aventure qui se complexifie à mesure que notre exigence de respect de la culture rencontre les standards internationaux d’analyse documentaire. C’est un grand défi. Nous y sommes plongés complètement en ce moment. Et c’est vraiment passionnant.

En faisant tout cela j’ai vraiment la conviction que je fais un travail de dominicain. Car au bout du compte c’est l’exigence d’incarnation qui me pousse à insérer dans le respect de la norme, le respect culturel. Et tout ça, vraiment, je crois que cela sert, en fin de compte, la libération des cœurs.

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