3 questions au frère Gilles Berceville OP

frère Gilles Berceville

Le frère Gilles Berceville, du couvent saint Jacques à Paris, donne au premier semestre pour les frères étudiants de Lille, un enseignement sur les sacrements d’après la Somme Théologique de saint Thomas d’Aquin. Nous lui avons posé trois questions.

Frère, comment est née ta vocation dominicaine ?

Je suis entré dans l’Ordre à l’âge de 24 ans. J’avais auparavant fait des études de lettres classiques qui m’avaient conduit à l’Ecole Normale supérieure et à l’agrégation. Un de mes tous premiers contacts avec la tradition dominicaine : un camarade philosophe me montra une traduction française de saint Thomas d’Aquin. Cela me parut totalement hermétique ! Un frère de la province de Toulouse, Serge-Thomas Bonino, de la même promotion que moi, éveilla pourtant mon intérêt pour saint Thomas à travers ce que celui-ci disait de la contemplation. Mais c’est la vie de saint Dominique par Jourdain de Saxe, mise à notre disposition par l’aumônier de l’Ecole normale, qui m’attacha soudainement – et définitivement – à lui. J’étais conquis par son amour de Jésus, sa compassion pour les pécheurs, son zèle pour le salut des âmes et l’annonce de l’évangile, et par une vie commune fraternelle, liturgique et studieuse, au service de la vérité.

Tu travailles à la commission Léonine, qui édite les textes de saint Thomas. Quel est ta relation avec cette figure intellectuelle de la tradition dominicaine ?

Après mon noviciat, on m’envoya deux ans à Jérusalem, à l’Ecole Biblique. Quelle chance ! La lecture de la Bible était une de mes grandes joies. Pourtant, l’approche historique des textes ne m’attirait pas au point de vouloir m’y consacrer entièrement. Je continuais par ailleurs à lire saint Thomas et je faisais l’expérience d’une libération de l’intelligence. Thomas m’ouvrait un chemin d’attention humble et fidèle à l’expérience humaine et à la Parole de Dieu qui m’apportait lumière et joie. Je découvrais aussi chez Thomas la lecture traditionnelle de l’Ecriture, qui ne s’essaye pas seulement à restituer l’intention des auteurs du passé, mais qui accueille les textes dans la foi et les fait résonner comme parole de Dieu confiée à son Eglise. Je suis convaincu que les textes de Thomas sont un trésor très précieux pour la connaissance du monde, de la personne humaine, de la vie divine communiquée par le Christ. C’est pourquoi je fus très heureux il y a quelques années quand je pus rejoindre la Commission « léonine », instaurée au sein de l’Ordre par le Pape Léon XIII, pour assurer l’édition des œuvres de saint Thomas.

Quel est, selon toi, le défi de l’étude, dans la vie dominicaine ?

L’idéal dominicain de l’étude est symbolisé par notre habit et notre blason : blanc bordé d’ombre. La lumière de la vérité est protégée par l’humilité, l’humilité est éclairée par la vérité. Une humilité qui n’a rien de mesquin, de recroquevillé, de pusillanime. Au contraire, alliée à la recherche de la vérité, elle devient franchise, simplicité, confiance, sobriété, effacement de soi et ouverture à l’autre. Elle est pour l’intelligence un perpétuel bain de jouvence. Le défi de l’étude dans l’Ordre, c’est de replonger sans cesse un travail rigoureux, patient, opiniâtre, dans cet esprit d’enfance qui caractérisa Dominique, Albert ou Thomas, ou plus près de nous encore le Père Lagrange. Aujourd’hui, un débat intellectuel particulièrement âpre et prometteur me semble être celui qui porte sur la nature, le sens et le respect du corps humain.

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