« Louer, Bénir, Prêcher »… et Étudier !

Pour les frères étudiants, comme cette désignation le laisse entendre, une grande partie de leur journée est occupée par les études. Le fr. Marie-Augustin du couvent de Strasbourg nous livre quelques réflexions personnelles à ce sujet.

« Louer, Bénir, Prêcher » : ces trois petits verbes figurent en général autour du blason de l’Ordre et passent pour être sa devise. Il faudrait ajouter « étudier », au point que le frère dominicain passe souvent pour « l’intello de service » !

Qu’en dit un frère étudiant qui poursuit sa formation initiale en théologie ? La question m’est en fait venue d’un frère novice, qui assis à côté de moi au déjeuner m’a demandé comment j’envisageais l’étude. Et le premier mot qui m’est venu à l’esprit a été celui de « frustration » ! Oui, il y a quelque chose de frustrant dans cette étude : on croit qu’on va pouvoir se mettre à penser « facilement » des choses au sujet de Dieu, du Christ, de l’Église… et puis plus ça va, plus en fait on se rend compte qu’on n’arrivera jamais à cerner totalement notre objet d’étude. Que Dieu est un mystère. Que ce que nous en étudions ne rend pas forcément notre prière plus facile, ni notre prédication plus percutante (sauf si l’on est friand d’effets de manche). Que la théologie est un monde en soi, qu’on n’étudiera jamais tout, et qu’il va falloir se résoudre à ne pas creuser tous les sujets, mêmes passionnants. Bref, que l’étude est plus de l’ordre du chemin à parcourir que du but à atteindre, fixé d’avance.

Alors comment dépasser cela ? Pour moi, c’est en reliant l’étude à la contemplation. Dominique voulait certes que les frères étudient, mais que cette étude soit un des lieux de contemplation de Dieu dans leur vie de prêcheurs : l’étude, avec la prière tant personnelle que commune au chœur de nos couvents, forme un tout pour construire l’intimité avec Dieu. Cette façon d’entrer dans l’amitié avec notre Créateur et Sauveur, cette façon de développer une relation avec lui en utilisant autant les ressources du cœur que celles du cerveau, est une ascèse, un exercice jamais terminé : de même qu’il faut parfois se forcer pour aller faire oraison, de même je voudrais parfois mettre de la glu sur ma chaise de bureau pour étudier vraiment et me donner à fond ! Malgré tout, cela m’apparaît de plus en plus comme la bonne façon pour moi d’unifier ma vie de frère prêcheur et de la remettre dans sa juste perspective qui est celle de la vie éternelle auprès de Dieu : c’est là seulement que (enfin !) je le connaîtrai, comme je suis connu (1Co 13,12).

L’autre moyen de dépasser cette frustration, c’est de réaliser que l’étude se fait aussi avec des frères : de même que nous prions ensemble, de même nous prêchons et nous étudions ensemble, en tant que communauté. Discuter avec les frères de leurs études passées ou actuelles, et de leur nouveaux centres d’intérêts, fait prendre conscience que la « frustration » qu’amène parfois l’étude en théologie ne se résout qu’à plusieurs, et que c’est ensemble que nous sommes fidèles à cette tâche d’étude au service de l’Église.

Car notre service, c’est celui de la prédication, sur nos terrains apostoliques variés : pour pouvoir parler, il faut avoir quelque chose à dire ! C’est dans cette « contemplation au sens large » que nous puisons les ressources nécessaires à cette mission. Dire cela, c’est finalement retomber sur le « Contempler et transmettre ce que nous avons contemplé », qui passe pour être une autre « devise » de l’Ordre.

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